Faire vivre la suite de La KLE ensemble
Les carnets se poursuivent : trois exercices pour prolonger la lecture, accueillir d’autres voix et construire de nouvelles coopérations.
Lucas Benavenuto · La KLE ·
Le 11 octobre, La KLE a eu deux ans de présence publique. Les premiers carnets nous ont donné l’occasion de revenir sur ce chemin, depuis les questions écologiques qui ont fait naître le projet jusqu’aux expériences de coopération et d’éducation populaire qui le nourrissent aujourd’hui.
Ce quatrième carnet referme cette séquence anniversaire et ouvre une nouvelle année de travail. Les carnets vont se poursuivre. D’autres voix y prendront place, d’autres acteurs et d’autres coopérations seront mis en lumière. Et je vous propose, dès maintenant, quelques façons de prolonger ces lectures dans vos propres situations.
Ce que les premiers carnets ont ouvert
Dans « Deux ans de La KLE », je suis revenu sur notre trajectoire et sur une question devenue centrale : que faut-il transmettre pour que d’autres puissent comprendre un travail, s’en saisir et le poursuivre ?
« Des ressources aux relations » a repris cette question depuis notre ancrage écologique. Organiser le compostage, prendre soin d’un jardin ou faire circuler une ressource engage aussi des responsabilités, des moyens et des relations. La continuité d’une initiative se construit dans cet ensemble.
Le troisième texte, « Que produit réellement un atelier ? », suit ce qui se transforme au cours d’une expérience collective, puis dans ses reprises. Les ateliers de théâtre-forum animés par Magali Morlon, dite Mala, y occupent une place centrale. Mes enseignements et les échanges de recherche avec Lionel Grenet apportent d’autres éclairages.
Ces carnets dessinent un même mouvement : partir d’une situation, écouter ce qu’elle nous apprend, puis chercher comment rendre ce travail accessible à d’autres. Ils donnent aussi une place aux difficultés, aux objections et aux changements de direction qui font avancer la recherche.
Une intention qui trouve des moyens plus concrets
Je vois aujourd’hui se préciser un alignement entre ce que nous cherchons à faire avec La KLE et les moyens que nous construisons pour y parvenir.
Une expérience d’atelier peut désormais être reliée à un carnet qui en examine les enseignements, puis à une fiche qui propose une manière de reprendre le travail. Les ressources deviennent plus faciles à retrouver et à mettre en discussion. Leurs formulations évoluent avec les questions qu’elles soulèvent.
Ce rapprochement compte pour moi. Depuis le départ, La KLE cherche à relier le soin porté au vivant, la compréhension des situations et la possibilité d’agir ensemble. Cette intention prend une forme plus concrète lorsque quelqu’un peut trouver un support, comprendre à quoi il sert et choisir ce qu’il souhaite en faire.
Les espaces que nous développons contribuent à ce travail de différentes manières. Souveraineté en Action accueille des pratiques d’éducation populaire et des expérimentations collectives. Les Nourricières explorent les conditions d’écoute, de clarification et de soin relationnel. Enquêtes du Vivant ouvre des parcours pour enquêter sur nos relations au vivant et les formes de coopération. Le chantier Nexus OS travaille notamment la mémoire, les sources et les outils numériques qui peuvent soutenir la continuité de ces activités.
Nous disposons ainsi de prises plus concrètes pour travailler notre intention. La suite demande de regarder ce qu’elles permettent réellement : qui les utilise, ce qu’elles aident à comprendre, ce qui reste difficile et le temps qu’elles demandent. C’est à travers ces usages que notre capacité à faire pourra se préciser et s’élargir.
Trois propositions pour prolonger la lecture
Si vous découvrez ces travaux, vous pouvez commencer par une situation qui vous concerne. Je vous propose trois entrées, à choisir selon ce que vous avez envie d’explorer. Ce sont des invitations à essayer et à observer, avec des ressources dont les usages restent à éprouver dans chaque contexte.
Quand plusieurs personnes comprennent différemment une même situation
Vous avez peut-être déjà vécu ce moment : une personne croit qu’une décision a été prise, tandis qu’une autre pense qu’il s’agissait encore d’une proposition.
La fiche « Quand deux versions d’une situation divergent » propose un exercice de trente minutes, à deux à six personnes. Elle contient un exemple fictif pour commencer ; vous pouvez aussi choisir une situation vécue que les personnes concernées acceptent de travailler.
Mettez côte à côte les éléments disponibles et les différentes lectures. Cherchez ensuite ce qui reste à vérifier et quel prochain geste permettrait de clarifier la situation. Gardez-en une courte trace à faire relire. Observez notamment si votre question de départ est devenue plus précise.
Quand un travail doit pouvoir être repris par une personne absente
Choisissez une rencontre ou un atelier dont vous souhaitez poursuivre le travail. À l’aide de « Préparer la reprise d’un atelier », rassemblez sur une page la question travaillée, la production obtenue, les décisions effectivement prises et les points ouverts.
Donnez cette page à une personne qui était absente. Demandez-lui ce qu’elle comprend et par où elle commencerait. Les endroits où elle hésite vous indiqueront ce qui manque encore au support. Si un passage suscite plusieurs interprétations, « Lire une synthèse ensemble » permet de comparer les lectures et d’essayer une reformulation.
Quand vous envisagez une coopération avec un autre groupe
Partez d’une ressource concrète : un lieu disponible, du matériel, une compétence ou une activité à organiser. « La Bascule #2 — Relier les initiatives » aide à examiner les relations nécessaires pour la faire circuler.
Identifiez qui porte cette ressource, qui pourrait en avoir besoin et quel travail sa mise en commun demanderait. Formulez ensuite une proposition assez précise pour être discutée avec l’autre groupe : un besoin, une contribution possible et les conditions à clarifier. Vous aurez ainsi une base pour engager la conversation.
Si vous tentez l’un de ces exercices, quelques lignes de retour seront précieuses : quelle situation avez-vous choisie, qu’avez-vous essayé et qu’est-ce que cela vous a permis de voir ? Une difficulté de compréhension ou un essai interrompu peuvent aussi nous aider à améliorer les ressources. Vous pouvez utiliser le bouton « Faire un retour » sur nos pages pour nous transmettre ce que vous souhaitez partager.
Ces retours permettront de préciser les fiches et pourront nourrir de prochains carnets. Nous pourrons y raconter comment une proposition a été adaptée, ce qu’elle a rendu possible et ce qui a résisté. Nous conviendrons avec les personnes concernées de ce qui pourra être raconté publiquement.
Une nouvelle année avec davantage de voix et de coopérations
Les prochains carnets feront davantage entendre celles et ceux qui animent, cherchent, transmettent et font vivre des initiatives. Le dernier texte a déjà commencé ce travail en rendant visibles les contributions de Mala et de Lionel. Nous poursuivrons cette attention aux personnes, à leurs pratiques et à ce que les rencontres transforment dans nos recherches.
D’autres voix porteront leur propre lecture d’une expérience, raconteront une difficulté ou proposeront une autre manière de poser le problème. Les carnets feront place à ces perspectives et aux acteurs avec lesquels des travaux se construiront.
Vous pouvez nous proposer un récit pour un prochain carnet, animer la reprise d’une fiche ou chercher avec nous un groupe pour la tester. Pour ouvrir la discussion, quelques lignes suffisent : la situation qui vous occupe, ce que vous souhaitez essayer et ce que vous pouvez apporter ou recherchez comme appui. Une question encore ouverte peut être un point de départ.
Nous travaillerons aussi sur des coopérations concrètes, à partir de questions et de besoins partagés. Cela demandera de préciser ce que chacun apporte, le temps disponible, les responsabilités acceptées et la manière de revenir ensemble sur les résultats. Le soin apporté à ces conditions fait partie du travail de coopération.
Pour cette troisième année, l’enjeu est de rendre nos ressources plus faciles à reprendre et de construire les conditions qui permettront à d’autres de contribuer avec leurs propres compétences. Nous continuerons à raconter ce chemin, y compris les ajustements qu’il exigera.
Se rencontrer et reprendre les échanges
Ces questions peuvent aussi se travailler lors des prochains rendez-vous de Souveraineté en Action. Le théâtre-forum avec Mala, jeudi 22 octobre à 20 h 30, permettra d’essayer d’autres façons d’agir dans une situation concrète. Le cercle de parole avec Léo et Nicole, samedi 24 octobre à 18 h, ouvrira un temps d’accueil et d’écoute, dans le prolongement des Nourricières. Les horaires sont ceux de Paris ; les pages des rencontres précisent comment participer.
Vous pouvez aussi revenir sur une rencontre passée : la page des Arches Citoyennes chez SA, le 5 octobre, rassemble des enseignements et des questions restées ouvertes. C’est une autre façon d’entrer dans le travail, à partir de ce qu’une rencontre laisse à poursuivre.
La série sur les capacités collectives se poursuit aussi
Les carnets accompagnent une autre voie d’écriture, ouverte avec la série « Les infrastructures de la capacité d’agir ».
Son premier article, « La mémoire est une infrastructure politique », examine ce que la mémoire change à la possibilité de comprendre, de contester et de reprendre une action collective.
Le deuxième nous conduira vers les communautés de joueurs. Nous y explorerons ce qu’elles peuvent nous apprendre sur la continuité d’une activité, sa transmission et la possibilité de la reprendre lorsque ses premiers opérateurs se retirent. Les textes suivants approfondiront les conditions de coopération entre acteurs autonomes, l’évaluation des outils et des organisations à partir de leurs usages, puis la place de l’intelligence artificielle dans la mémoire des collectifs.
Les essais développeront ces questions de fond. Les carnets continueront de les confronter aux expériences, aux rencontres et aux ressources en construction.
Merci à celles et ceux qui participent, lisent, questionnent et prennent le temps de nous répondre. Pour ouvrir cette nouvelle année, je vous propose de partir d’une question : dans votre collectif, votre association ou votre équipe, quel travail gagnerait aujourd’hui à pouvoir être compris et repris par quelqu’un d’autre ?